I. LE SENEGAL

Généralités en qq. chiffres

Localisation : état situé à l’extrême ouest du continent africain, sur la cote atlantique
Superficie : 197 000 km² (france : 551 500 km²)
Nombre d'habitants (2011) : 12 900 000
Capitale : Dakar avec 3 215 255 hab. en 2011 soit 5 900 hab./Km²
Population urbaine : 47 %
Densité : 65 habitants au km2
Accroissement pop. : 2,7 % par an
Jeunes : 40 % a moins de 15 ans
Taux d’analphabétisme (2001) : 40
Population scolarisée : 55,7 %
Espérance de vie (1995-2000) : 57 ans [81 ans (France), 50 ans (Mali)]

Croissance (2010) : 4 %
Monnaie : franc CFA (0,001524 euros)
PIB par hab. en dollars (2011 / C.I.A.) : 1 900 $
[34 100 $ (france), 47 100 $(USA), 5 100 $ (Maroc), 1 300 $ (Mali)]
Taux de chomage  : 48 %


Institutions : République (président élu pour 7 ans, qui nomme le Premier ministre).
Assemblée nationale


Principaux groupes ethnolinguistiques : Wolof (43,3 %), Peul /Toucouleur (23,8 %), Sérèr (14,7 %), Diolas (3,7 %), Mandingues (3 %), Bassari (< 1 %), Bedik (< 1 %), Koniagui (< 1 %), ...
Langue nationale : français (langue de l’administration)
Religions : Islam (musulmans sunnites / 96 %), Christianisme (3%), Totémisme (1%)

Géographie & économie

Pays plat, au climat tropical assez sec (la moitié nord du Sénégal appartient au Sahel).
La majeure partie de la population est concentrée dans l'ouest du pays.
Les deux tiers des actifs travaillent dans l'agriculture (arachide, riz, mil, élevage) et la pêche. Les industries sont localisées dans la presqu'île du Cap-Vert. Le sous-sol recèle des phosphates, et le potentiel hydroélectrique est en cours d'aménagement. Le tourisme ne comble pas le déficit commercial

Carte du Sénégal

Quelques repères historiques

  • Avant l’indépendance :
    A partir du IX e s : premier royaume connu, l’empire du Tekrour
    Au XIV e s. : premier royaume wolof dit du Dyolof
    Vers 1456 : Le Portugal installe ses comptoirs sur la côte atlantique (Rufisque).
    XVIe s. : les Hollandais fondent le comptoir de Gorée
    XVIIe s. : les Francais fondent Saint-Louis (1659) et occupent Gorée (1677)
    De la fin du XVIII au début du XIXème siècle : les Anglais et les Français se disputent Saint-Louis et Gorée.
    1815 : La France accède au monopole du commerce au le Sénégal.
    1816 : Naufrage de la «Méduse» au large des côtes mauritaniennes.
    1854 - 1865 : le général Faidherbe entreprend la conquête de l'arrière-pays
    1854: Début du grand Djihâd d'El Hadj Omar (179X-1864)
    1857 : Création de Dakar
    1861 : Début du Djihâd de Maba Diakhouba (1809-1867)
    1879 - 1890 : la France achève la conquête du Sénégal
    1882 : Construction du chemin de fer entre Dakar et Saint-Louis.
    1883 : Fondation du Mouridisme par Cheikh Ahmadou Bamba.
    1886 : Mort de Lat Dior (résistant anticolonialiste) à la bataille de Dékhelé. Fondation de Touba.
    1895-1902 : Exil de Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon.
    1895 : le pays, intégré dans l'A.-O. F., dont le gouvernement général est fixé à Dakar (1902), est doté d'un statut privilégié.
    1916 : Les habitants des « quatre communes » (Saint-Louis, Dakar, Rufisque, Gorée) jouissent de la citoyenneté française, et la colonie est représentée par des députés.

    Le Sénégal indépendant :
    4 avril 1960 : Le Sénégal accède à son indépendance au sein de la Fédération du Mali.
    20 Août 1960 : Eclatement de la Fédération du Mali.
    5 septembre 1960 : Léopold Sedar Senghor est élu premier président de la république (pour sept ans).
    18 décembre 1962 : Renvoi du premier ministre, Léopold Sédar Senghor exerce les plein pouvoirs
    26 février 1978 : Réélection de Léopold Sédar Senghor.
    31 décembre 1980 : Léopold Sédar Senghor quitte le pouvoir pour laisser sa place à son Premier Ministre, Abdou Diouf.
    27 février 1983 : Abdou Diouf est élu président par un scrutin au suffrage universel (avec plus de 80 % des voix)
    Dès 1980 : un mouvement séparatiste se développe en Casamance.
    1982 : le pays forme avec la Gambie la confédération de Sénégambie (suspendue en 1989).
    1989 - 1992 : Suite au pillage des boutiques tenues par des mauritaniens au Sénégal (25 avril 1989), environ 200 sénégalais sont massacrés à Nouakchott et à Nouadhibou en Mauritanie. Le couvre-feu est instauré. Affrontements interethniques entre Sénégalais et Mauritaniens
    24 décembre 1994 : dévaluation du franc CFA par Balladure.
    2000 : vainqueur de l'élection présidentielle face à Abdou Diouf, le libéral Abdoulaye Wade, leader de l'opposition, accède à la tête de l'État.
  • 2012 : Macky Sall, nouveau président de la république

II. LA LANGUE WOLOF

LA LANGUE WOLOF DANS LE PAYSAGE LINGUISTIQUE DU SENEGAL
Le Sénégal compte, parmi les 36 langues vernaculaires qui y sont parlées, six langues nationales dont le wolof, le serer ainsi que le pulaar (parlé par les Peul et les Toucouleur) auxquelles il convient d'ajouter le français, langue de l’administration.
Néanmoins, même si les Wolof représentent environ 43 % de la population sénégalaise, la langue wolof, usitée par plus de 80 % de la population, est dorénavant la langue la plus répandue au Sénégal. Deux faits importants ont contribué à cette situation : D'abord l'ethnie wolof est l’ethnie dominante puisqu’elle représente à elle seule près de la moitié de la population sénégalaise. Ensuite, de par leur présence sur la côte ouest atlantique, les Wolof furent les premiers à entrer en contact avec les tous premiers colons. Par la suite les Wolof devinrent des interlocuteurs privilégiés qui servaient d'intermédiaire entre les Français et les autres ethnies. Lorsque les comptoirs devinrent plus tard des grandes villes de la côte et du bassin arachidier, ils furent naturellement présents. C’est pour cette raison que les grandes villes allant de Dakar à Saint-Louis correspondent à des zones fortement wolophones.
La prédominance du wolof implique une contrainte sociolinguistique quant à la diversité des langues en présences. Car toute personne d'une ethnie autre que wolof est contrainte d'adopter le wolof comme langue véhiculaire si elle quitte sa région d'origine. A cause de l'expansion rapide du wolof, le paysage linguistique du Sénégal va donc dans le sens du trilinguisme pour tout individu d’une ethnie autre que wolof : avec une langue vernaculaire (pulaar, serer, bambara...), le français (langue de l’administration et d'ouverture sur le monde) et le wolof, langue véhiculaire assurant la communication interethnique.

CARTE LINGUISTIQUE DU SENEGAL (source : www.ethnologue.com)

III. L'ETHNIE WOLOF

(D’après J. Maquet)
Les Wolof représentent le groupe ethnique dominant du Sénégal ; mais ils sont aussi présents en minorité – suite à des mouvements migratoires - au Mali, en Guinée, en Côte d'ivoire et au Gabon. Le terme « wolof » désigne à la fois le groupe social, les membres de ce groupe et le nom de leur langue. Il est issu du mot « Dyolof » qui est le nom d’une région du Sénégal.

Mode de vie, production & subsistance

Il faut distinguer actuellement, les Wolofs vivant dans des zones urbanisées, des Wolofs agriculteurs vivant de cultures traditionnelles vivrières (arachide, manioc…) et, dans une moindre mesure, la pêche. Néanmoins, avec la colonisation et les demandes actuelles du marché agro-alimentaire international, l'exploitation de la culture de l'arachide a pris chez les Wolofs une grande importance, ceci au détriment des cultures vivrières traditionnelles.
Pour ces cultivateurs, les périodes d’activités se font principalement pendant l’hivernage, temps fort de l’année ; alors que la saison sèche se caractérise par une inactivité relative. L’agriculture nécessite certaines techniques : semailles, jachère, évaluation de la maturité ou provision de semences pour l’année prochaine.
 De par leur suprématie démographique et leurs contacts privilégiés avec le colonisateur français, les Wolofs constituent l’ethnie la plus commerçante du Sénégal.

Histoire

Nous ne savons presque rien de l’histoire des ethnies du Sénégal et cela jusqu’au XIème siècle, si ce n’est quelques indices archéologiques attestant la présence de quelques groupes sociaux depuis le paléolithique inférieur jusqu’à l’ère protohistorique. Si l’on s’en tient maintenant à la tradition orale, les Socé seraient la plus ancienne ethnie présente au Sénégal. Mais c’est surtout grâce aux premières vagues d’islamisation ainsi que par les récits du géographe andalou du XIème siècle, Abu Ubayd Abd Allah al-Bakri, que le territoire correspondant à l’actuelle Sénégambie fait son entrée de façon officielle dans l’Histoire. En effet, ce chroniqueur, en narrant les diverses phases de la naissance de l'hégémonie almoravide, dresse un panorama complet de l’Afrique septentrionale et du Sahel sénégalo-nigérien de la moitié du XIème siècle, depuis le sud du Sahara et les rives du Sénégal. Il y signale l’existence d’un royaume, le Tekrour – d’où seraient issus les Toucouleur – situé sur les rives du fleuve Sénégal et vraisemblablement présent depuis le Xème siècle. Ce fut le principal royaume qui, malgré la suprématie des empires du Ghana (Soninké) jusqu’à la fin du Xème siècle, des Almoravides et Manding du XIème au XVème siècle, prédominera au Sénégal pendant presque cinq siècles. 
Selon les hypothèses de l’historien Jacques Maquet, les Wolof – peuple probablement d’origine Bafour venant du nord-est (plus exactement de la zone correspondante à l’actuel sud-est de la Mauritanie) – s’établissent dans la région du Dyolof à partir du XIIème siècle. Au fil des siècles, ils réussissent à y établir un royaume aux dépens des Toucouleur du Tekrour, mais toujours sous la domination de l’empire Manding, et cela jusqu’au XVème. C’est d’ailleurs pendant ce XVème siècle que les Portugais entrent en contact avec les Wolof et en donnent une première description. On sait donc qu’il vivait déjà à cette époque au Sénégal une population hétérogène déjà composée de Socé, de Toucouleur et de Peul, de Serer, de Wolof et de Soninké.
Dans le courant du XVème siècle, la zone comprise entre les fleuves Sénégal et Saloum passe entièrement sous la domination de l’empire Dyolof, même si cet espace reste toujours caractérisé par cette relative hétérogénéité ethnique. Cet empire, fondé par N’Diadian N’Diaye, impose sur toute la région la suprématie des Wolofs et de leurs souverains, les bourba. A ce propos, une légende rapporte qu’au XIIème siècle, le premier souverain wolof, le premier bourba dyolof (littéralement, le “roi du Dyolof”), issu d’un père Maure et d’une mère Toucouleur, intrigua à sa naissance un devin serer qui s’écria « N’Diadian N’Diaye !». Cette exclamation devint le nom de ce personnage légendaire, premier de la dynastie des N’Diaye. On suppose que cet empire a régné depuis le XIIème siècle jusqu’en 1549, date à laquelle l’empire se scinda en quatre royaumes autonomes qui correspondent aux actuelles régions du Dyolof, du Walo, du Cayor et du Baol.

Localisation géographique

Les Wolof sont localisés pour la plupart dans le nord-ouest du Sénégal, entre le fleuve Gambie, la côte atlantique et le fleuve Saloum jusqu'au centre-ouest du territoire, dans le Ferlo. On les retrouve donc autour des grandes villes comme Dakar, Louga, Thiès, ainsi que dans la région du « triangle de l'arachide » formé par les villes de Diourbel, de Kaolack et de Linguère.

Ethnie

Carte réalisée par Danielle Bonardelle (Llacan, CNRS)

Organisation sociale et politique traditionnelle

  • Les Wolofs ont adopté un système hiérarchique fondé sur la filiation matrilinéaire, associé aux principes du droit islamique depuis le début du XXème siècle. La société traditionnelle wolof comprend trois strates hiérarchisées : la classe supérieure (appelée encore la classe des hommes libres), la classe intermédiaire des artisans à spécialisation héréditaire et la classe inférieure des esclaves.
    La classe des hommes libres, ou diambour, regroupait la noblesse (les garmi) qui est composée de lignages royaux et des familles de dignitaires (chefs militaires et chefs de villages), les paysans libres (les badolo) et les marabouts (les serigne) qui formèrent pendant longtemps la classe des lettrés, ce qui leur conférait un grand prestige.
    A l’intérieur de la classe intermédiaire, on trouvait les griots (les gewel), les forgerons et les orfèvres ou encore les tisserands et couturiers (les ràbb en wolof). Enfin, la classe des esclaves comprenait les esclaves domestiques ou captifs de case, et les esclaves de couronne, les fameux tiedo, qui étaient des guerriers au service de l’aristocratie et leur chef. Ces tiedo présentaient un statut un peu particulier au sein de la classe des esclaves puisqu’ils étaient à la fois dignitaire et esclave. En effet, la trahison d’un chef par ses tiedo entraînait la perte du royaume ; ce qui constitue un indice de l’importance conférée à ces esclaves guerriers au sein de la société wolof. 
    L’organisation traditionnelle semble être conservée dans les villages plus reculés à l’est dans la région du Dyolof ou nord, au alentours de Louga. Mais, cette société a aussi subit de nombreuses mutations depuis la naissance du mouridisme (la plus importante confrérie musulmane du Sénégal) et la décolonisation, même si elle a conservé, en grande partie, sa structure sociale; ce phénomène s’observe surtout dans le bassin arachidien, le fief mouride par excellence.

Vie religieuse

Même si la présence de l'Islam est attestée dès le XIème siècle sur la zone géographique correspondant au fleuve Sénégal, ce n’est que depuis le XIXème siècle que les Wolofs se sont tournés massivement vers cette religion. Cette conversion fut principalement l’œuvre de hauts personnages historiques sénégalais tels que El Hadj Omar Tall, El Hadj Malick Sy, Maba Diakhou Ba et Cheick Amadou Bamba, fondateur de la confrérie des Mourides.
Né en 1850 dans le Cayor, ce dernier fut formé à la théologie en Mauritanie, par Cheick Sidia, maître de la Qadirya (une confrérie musulmane qui fut également à l'origine du Tidjanisme, la confrérie musulmane la plus représentée au Sénégal). Son pouvoir spirituel lui valut la soumission totale de ses disciples (ou talibé), recrutés principalement parmi les paysans appauvris par la colonisation (ce qui n’était pas pour plaire au pouvoir colonial de l’époque qui priva Cheick Amadou Bamba de libertépendant la majeure partie de sa vie). Pour adapter les moyens de sanctification (le mouridisme est une discipline Soufi) aux Wolofs, Serigne Touba (autre nom d’Amadou Bamba; littéralement « le marabout de Touba ») ajouta le travail à la prière et à l’étude du Coran (selon le principe : « travaille comme si tu ne devais jamais mourir, et prie comme si tu devais mourir demain »). A sa mort (1927), son pouvoir revint à ses fils et ce sont ses petits-fils qui dirigent actuellement la confrérie.
Si le Mouridisme connait un grand succès auprès des Wolofs, cela s’explique en partie par le fait qu’il assimile à l’Islam certaines valeurs traditionnelles wolofs telles que la noblesse du travail de la terre ou encore le système d’éducation des jeunes enfants reproduit dans la relation marabout - disciple. De plus, les baye fall qui sont à la fois totalement dévoués aux marabouts et très respectés par l’ensemble de la population wolof, ressemblent aux esclaves guerriers garants de l’organisation traditionnelle d’avant le mouridisme. Enfin, même si les louanges à la gloire des hommes sont interdits par l’Islam, cela n’empêche pas les griots wolofs de chanter à la gloire d’Amadou Bamba. Je voudrais ajouter que si je me permettais d’émettre un jugement, je dirais que beaucoup de Wolofs, dans la région du triangle de l’arachide, s’identifient plus comme étant Mourides que Wolof.